J’ai commencé ma carrière hospitalo-universitaire il n’y-a-pas longtemps. J’avais l’idée que je devais être omniprésent, en permanence. Je me faisais des impératifs : “pour être un bon HU, tu devrais assumer tout seul toutes les taches : responsabilités hospitalières cliniques, créer des nouveaux supports de cours, engagement dans différents projets de recherche, s’acharner pour faire passer des informations aux externes et aux étudiants plutôt d’une manière forcée. On me disait que j’étais “Mazelt Nafeh”. Je n’ai pas capté le sens et je l’ai pris mal.
Pendant ces premières années, cette approche m’a conduit à travailler sans relâche, à répondre à mes e-mails à toute heure, les journées n’étaient jamais assez longues, repoussant à plus tard les moments personnels et familiaux, persuadé que je pourrais me rattraper un jour. Mais “ce jour” n’est jamais venu.
Cette façon d’agir a fini par me rattraper. Je me suis rendu compte que je perdais le plaisir et la motivation qui m’avaient conduit à choisir cette carrière. J’étais toujours débordé, mais pas forcément efficace ni satisfait.
C’est à ce moment-là que j’ai pris un instant pour faire une mise au point : “Je perds là dans un cercle sans fin” “Y-a quelque chose que je dois essayer de changer” “Personne ne peut tout faire, parfaitement”. Cette façon à réfléchir m’a conduit à dire ce n’est pas une question de quantité, mais de qualité. J’ai commencé à hiérarchiser mes priorités les plus importantes, les plus urgentes. Je planifie plus mes taches les plus signifiantes, je délègue ce qui pouvait l’être. J’ai réappris aussi à dire « non » à ce qui dépasse mes capacités ou ne correspond pas à mes objectifs. Et le plus important, je consacre régulièrement du temps des moments pour ma famille et à moi-même.
Aujourd’hui, je travaille de manière plus organisée et plus ciblée. Je retrouve du sens, un plaisir réel dans mon métier. Je me donne à fond avec mes patients tout étant professionnel et empathique car je suis plus présent et disponible mentalement. J’apprécie davantage mes interactions avec les autres HU jeunes et moins jeunes. Je consacre du temps pour donner un certain savoir, savoir-être et savoir-faire pour mes résidents mes externes car c’est pour cela que j’ai choisi de faire la carrière HU. Mes recherches gagnent en qualité car je leur consacre un temps ciblé et productif. Ce réajustement n’a pas seulement transformé ma carrière, mais il a également amélioré ma qualité de vie globale.
Avec ce recul, je dis qu’il ne faut pas avoir honte de rehiérarchiser nos objectifs, de revoir nos priorités dans la vie. Il faut aussi demander de l’aide si nécessaire. Paraitre parfait n’est pas une finalité en elle-même. Le plus important c’est qu’on essaie d’être cohérent avec soi-même tout en respectant ses propres valeurs et la déontologie de ce métier assez noble. C’est un apprentissage constant, mais qui en vaut vraiment la peine.
Amjed BEN HAOUALA
Psychiatre Hospitalo-Universitaire

